Tour d’horizon d’un centre culturel

Le
CCFM

Billet rédigé par Sylviane Lanthier, directrice générale du CCFM

Crédit photo : Facebook du CCFM

En ce matin de janvier, j’entre au travail, prête pour une autre belle journée au CCFM. Il y a du bruit, des odeurs, des gens affairés. Vers l’entrée principale, un mur temporaire cache à la vue des visiteurs les travaux de rénovation du nouveau restaurant. Depuis quelques jours, le bruit des « drills » qui percent le plafond de ciment est assourdissant. Un plombier termine dans la cave des travaux qui dégagent une forte odeur de colle et de produits chimiques. Mais ces inconvénients sont peu de choses en comparaison de la nouvelle qu’ils annoncent : ce restaurant, que tout le monde attend impatiemment, ouvrira très bientôt.

À côté, la Galerie d’art, aux murs fraîchement repeints, attend sagement que s’y déploient des sculptures, dans le cadre d’une exposition célébrant 20 ans de collaboration de trois artistes manitobains. Vers le théâtre, la porte menant à l’arrière-scène est ouverte. Des adolescents s’y engouffrent ou en sortent, parfois en costumes, motivés par les tâches qui les occupent : ils mettent les dernières touches à la comédie musicale qu’ils présenteront plusieurs soirs de suite, encadrés par les enseignants de leur école.

Sur le toit, en dépit du froid mordant, des ouvriers branchent au système de chauffage, ventilation et de climatisation (le HVAC) un appareil tout neuf qui servira à l’aération de la cuisine du restaurant.

Malgré toute cette activité, le Centre est relativement calme comparé au branle-bas de combat qu’on y a vécu tout l’été, résultat d’un projet de rénovation du système HVAC mené par le gouvernement provincial (en tant qu’agence de la Couronne provinciale, le CCFM bénéficie des ressources de la Province pour ce genre de travaux). Depuis la mi-octobre, la vie normale a repris son cours, une journée à la fois. Les murs éventrés ont été remontés et repeints, les plafonds suspendus remis en place, des résidus de poussière époussetés. Une à une, les salles condamnées cet été ont rouvert leurs portes au public. Il ne reste que les bureaux du personnel et la réception à réorganiser.

À l’étage, l’équipe est au travail. Il y a des salles à louer, des activités à programmer, des mises en place à prévoir, des services techniques à offrir, de la publicité à planifier, des billets à vendre. Entre les activités hebdomadaires de la ligue d’improvisation ou de la troupe de danse, le spectacle scolaire en cours, les espaces à nettoyer, les demandes de subvention à rédiger et les rapports à préparer, la fourmilière est en marche.

Ce matin, des préoccupations de toutes sortes me traversent l’esprit. Trouver un peu de financement supplémentaire pour assurer la tenue d’activités spéciales prévues en mars. Imaginer le projet d’été pour l’embauche d’un étudiant (date limite début février). Préparer une première version d’une demande de fonds pour terminer la rénovation d’une des salles. Parler aux partenaires éventuels d’un projet culturel de deux ans à déposer en avril. Accueillir la nouvelle responsable des communications. Signer les chèques de la semaine. Voir aux suivis financiers. Clarifier une question relative aux assurances de la galerie d’art. Coordonner le redéploiement du personnel qui doit être relogé dans ses bureaux. Rencontrer un représentant commercial pour tenter de faire des économies dans l’achat des fournitures; élaborer les questions à aborder pour planifier la programmation de la prochaine année, y apporter des correctifs, y introduire des nouveautés. Préparer un rapport financier attendu par un ministère. Rédiger le rapport de la direction en vue de la prochaine rencontre du conseil d’administration.

Je croise un collègue d’un des groupes culturels hébergés au Centre, qui m’apprend que pour réussir le festival qu’il organise entre nos murs, un investissement de 50 000 $ en équipement de cinéma sera bientôt nécessaire. Je réponds : travaillons ensemble pour trouver une solution. Cent fois, sur le métier de la recherche de fonds remettez votre ouvrage…

Les 40 000 pieds carrés du CCFM (auxquels s’ajoutent deux autres bâtiments plus récents, un centre d’archives et un théâtre) forment un ensemble qui étonne par l’étendue de ses corridors et la quantité de ses racoins. Ses parties les plus anciennes datent d’une époque où s’élevait sur le site une école pour garçons gérée par les Oblats; les plus récentes se dirigent tranquillement vers leur demi-siècle. C’est un bâtiment qu’on peut regarder par le petit bout de la lorgnette. On y voit alors les défauts d’un centre multidisciplinaire parfois plus communautaire que culturel, qui arrive mal à masquer les effets de son âge et de son sous-financement chronique. On peut aussi le situer dans un contexte plus large, et alors être surtout frappé par la diversité des activités qui s’y déroulent et l’étendue de son potentiel.

Nous sommes 11 groupes culturels et communautaires à avoir nos bureaux et mener des activités sur ce site : une radio, une maison d’édition, une compagnie théâtrale, une société historique, un organisme jeunesse, un organisme axé sur les services à ses membres musiciens, un organisme bilingue organisateur d’un festival annuel de cinéma jeunesse… La vitalité culturelle générée par ces groupes est unique, et précieuse pour notre communauté.

Il y a des moments où c’est facile de l’oublier. Par exemple, quand l’état d’un mur à la peinture écaillée, ou la contemplation d’une salle de toilette désuète me rappellent la dure réalité : c’est tellement difficile de convaincre les bailleurs de fonds d’investir pour redonner du lustre à ce bâtiment, alors que sa modernisation est bel et bien une condition préalable à ses succès futurs.

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Et il y a les autres moments. Les moments magiques; ceux qui nous éclairent, nous motivent, nous rappellent notre raison d’être. Le rire du public devant une improvisation brillamment réussie. Cette étrange communion qui s’installe entre un artiste et son public dans le cadre d’un spectacle si intime qu’on croirait que le chanteur est notre voisin de la porte d’à côté. L’incroyable stupéfaction des artistes visiteurs qui découvrent la vitalité d’une communauté qui, pour être minoritaire, n’en reste pas moins extrêmement dynamique. Les liens fraternels qui se créent presque automatiquement entre artistes d’ici et d’ailleurs. La créativité des bénévoles qui montent chaque été un spectacle différent, engageant, drôle et émouvant, dans le cadre d’un festival winnipegois. Des enfants concentrés sur leur travail dans le cadre d’un atelier scolaire, et qui amèneront fièrement leurs parents rencontrer l’artiste-animateur lors du vernissage de son exposition. L’ensemble de ces moments forme une vie culturelle qui se déploie au fil des saisons et qui alimente la capacité de toute une communauté à vivre en français.

On frappe à ma porte : c’est un musicien qui me demande dans quel local il peut déposer sa batterie en prévision d’un spectacle demain soir. Cet artiste a pratiquement grandi au CCFM; il en connaît toutes les salles, tous les locaux, tous les racoins, tout le personnel. Il y joue depuis des années. Ce Centre, c’est chez lui. Une maison pour nos artistes. Un refuge pour notre public.

Il est bientôt minuit. Le CCFM s’apprête à fermer pour la nuit, et à ouvrir encore demain les portes de la plus précieuse des maisons culturelles : la nôtre.

La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) est un organisme national dont la mission est de promouvoir l’expression artistique et culturelle des communautés francophones et acadiennes. Elle réunit des représentants de sept regroupements nationaux en théâtre, en littérature, en chanson-musique, en arts médiatiques et en arts visuels, ainsi que 13 organismes œuvrant au développement culturel et artistique de onze provinces et territoires du Canada, un regroupement de réseau de diffusion et une alliance de radios communautaires. La FCCF est membre de la Coalition canadienne des arts, de la Coalition pour la diversité culturelle, et de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. Pour de plus amples renseignements sur la Fédération, consultez le www.fccf.ca

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