La musique contemporaine dans nos écoles : une nouvelle culture

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billet rédigé par : Véronique Poulin

crédits photos :

photo de couverture : Olivier Chesler, flickr

deuxième photo : Matt Gibson, flickr

Apprendre le français à l’école, c’est comme apprendre un instrument. Il y a la technique, l’accent, le vocabulaire, l’expression, l’intonation, et la culture qui sont propres à chaque langue, ou dans ce contexte, à chaque instrument.

Aussi, en s’appuyant sur les différentes recherches qui ont pu démontrer l’utilité de la musique dans la salle de classe, il apparait tout à fait pertinent d’intégrer un programme de musique comme nouvel outil d’enseignement dans les écoles secondaires. Sachant que les adolescents sont de nos jours très influencés par leur environnement et par la technologie, notre système éducatif est incontestablement à même de comprendre et d’anticiper les attentes de la relève artistique afin de lui offrir la meilleure formation possible.

Qu’est-ce que la culture signifie pour les adolescents de nos communautés? Et si nous avions les moyens d’élargir davantage leurs horizons en la matière, serions-nous ouverts à le faire nous? Dans ce blogue, nous chercherons à donner une liste non exhaustive d’idées permettant l’élaboration d’une approche constructive en vue de donner à nos jeunes une raison valable de vouloir continuer à parler la langue de leur culture : la musique.

Quand je pense aux différentes façons d’enseigner la musique, le système n’est pas la seule option. On offre des cours privés dans presque toutes les villes. Par contre, il faut prendre en considération le fait que la plupart des élèves dans les écoles publiques auront leurs premières expériences musicales dans ces établissements.

Aussi, j’aimerais, ici, m’adresser aux élèves du secondaire qui n’ont pas de cours de musique à l’école. Par exemple en Saskatchewan, la division scolaire francophone no.310, n’offre aucun cours de musique au secondaire et je me souviens qu’à l’école, il y avait un bon nombre d’élèves qui développait leur talent grâce à des leçons de musique privées. Reste que la majorité des élèves n’est pas toujours encline à un apprentissage de la musique classique et ne dispose pas forcément des ressources financières nécessaires. De plus, la plupart des cours de musique privés sont offerts en anglais.

« Il va sans dire que dans une société si anglophone, les jeunes francophones adoptent des anglicismes; ils cherchent aussi à écouter de la musique, regarder des émissions de télévision et lire en anglais. De plus, la jeunesse francophone ne semble pas apprécier ni comprendre les luttes qu’ont mené leurs ancêtres pour la préservation de leur héritage » — Éduquer en français pour un avenir meilleur : les jeunes se doivent d’être bilingue » » Claire Cossette (2012)

En tant qu’artiste et éducatrice, je fais non seulement partie de la relève musicale, mais aussi de l’entité qui éduque notre relève. Si la solution à ce problème ne se règle pas pour commencer dans nos écoles, j’ai bien peur que nous ne soyons plus à même de former la relève musicale que sont nos ados.

Pour débuter, selon le recensement d’études scientifiques de la Fédération des harmonies et des orchestres symphoniques du Québec sur « Les bienfaits de l’enseignement et de la pratique de la musique » et aussi selon l’article du Royal Conservatory of Music « The Benefits of Music Education, A Current Overview of Neuroscience Research » (2014), il est prouvé que l’apprentissage musical fortifie, entre autres :

  • La mémoire
  • La créativité
  • L’intelligence
  • Les habiletés en langue
  • La ténacité et le contrôle émotionnel
  • L’empathie
  • L’attention au détail et la concentration
  • La confiance en soi
  • La structure et la fonction cérébrale

Des cours accessibles et intéressants dans les écoles ouvriraient des portes à tant de jeunes qui n’ont pas encore trouvé une façon efficace de s’exprimer. Si les écoles élémentaires offrent des programmes de musique de base, on sait que c’est à l’âge de l’adolescence que l’élève peut profiter pleinement de cette formation. Il est donc malheureux de constater que nos élèves n’ont pas la chance de s’améliorer ou même d’apprendre comment leur artiste préféré compose de la musique. De plus, je ne connais jusqu’à présent aucun système scolaire qui s’est engagé dans la voie d’un vrai programme de musique francophone contemporaine.

Je comprends très bien que nos enseignants en ont déjà beaucoup sur leurs épaules. Je le vois chaque jour. C’est pour cette raison que j’offre mes services en tant qu’aide enseignante. Mais avec les résultats prouvés d’une réelle amélioration de l’apprentissage chez l’élève, on est à même de se demander pourquoi notre système d’éducation n’offre pas, en option au moins, un programme de musique en APA (Arts Pratiques et Appliqués) à chaque élève de chaque division scolaire plutôt que des cours de mode, de mécanique, d’alimentation, etc.. Cette option ne serait-elle pas appréciée par ceux qui s’y intéressent?

Il faut croire que tout ce dont nos écoles ont vraiment besoin serait… des ordinateurs. Assez facile…

Nous voulons aussi :

  • Un micro avec câble USB (pour voix, guitare)
  • Un clavier MIDI (mélodie, couleurs, sons de basse)
  • Un logiciel qui approprié au cours. (le rythme et l’enregistrement)

Si la plupart des ordinateurs disposent déjà de Garageband, il existe aussi un logiciel nommé Fruity Loop plus adapté aux élèves souhaitant faire du rap francophone ou adeptes des DJ reconnus de leur génération.

Je n’ai pas pour habitude de remettre en question le système éducatif de ma province. J’ai un extrême respect pour les enseignants et pour l’administration qui font tout leur possible afin d’offrir une éducation de haut niveau dans les salles de classe. Je suis heureuse de travailler pour la Division scolaire catholique de Saskatoon, de donner des ateliers dans les écoles fransaskoises en collaboration avec le Conseil culturel fransaskois, et d’offrir mes services aux adolescents de la province à travers l’Association jeunesse fransaskoise. J’estime les élèves que je rencontre et je suis consciente que mes deux années d’études universitaires en éducation ne me rendent pas experte en la matière.

Cependant, je suis convaincue que les adolescents mériteraient une éducation musicale plus poussée. Avec la bonne formation, ils pourraient indéniablement réussir à faire « fleurir » la culture qui leur a été donnée en métissant leur savoir technologique (déjà très avancé) avec un nouveau programme scolaire qui offrirait :

1. Une panoplie de nouveaux styles musicaux et d’artistes francophones à explorer avec l’étude de la culture musicale

2. Une plus grande facilité à fusionner les styles de notre époque avec la musique du passé en fixant des exercices de remix et d’interprétation

3. Une approche facile à enregistrer, à retravailler, et à produire la musique avec le savoir théorique (ex. : notation, rythme, accords)

4. La possibilité de conjuguer d’autres activités scolaires ou parascolaires avec des textes écrits, des poèmes, des instruments déjà à leur portée, le chant, et le spoken word.

5. Une nouvelle approche d’un cheminement identitaire de l’élève francophone qui porte sur le travail personnel, le travail en groupe, et le projet final dont il sera fier.

6. Le potentiel de poursuivre son cheminement artistique au postsecondaire. Parallèlement, de poursuivre une crière musicale qui contribuera à la richesse culturelle du pays.

7. La possibilité d’appliquer toutes les formes d’arts déjà enseignées. Par exemple, travailler un vidéoclip sur la chanson enregistrée dans son cours de film ou même un photoshoot du groupe ou de l’artiste pendant son cours de photographie. Utiliser son cours d’arts visuels pour présenter la chanson en histoires imagées et les utiliser dans un vidéo… etc. Les possibilités créatives restent sans limites.

En prenant en compte le nombre d’heures que passent les ados en ligne, un projet comme celui-ci leur permettrait assurément d’utiliser l’ordinateur d’une manière plus créative.

Est-ce que les arts dans le milieu francophone sont des médias permettant l’affirmation ou la réaffirmation d’une identité culturelle ou ne sont-ils qu’un moyen de faire de l’art pour l’art? J’ose croire que les réponses à ces deux questions sont oui d’autant plus si cette approche contemporaine est adoptée par nos écoles dans les années à venir.

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Voici quelques liens pour votre intérêt :

L’appropriation culturelle des jeunes à l’école secondaire francophone en milieu minoritaire (2009)

http://www.ctf-fce.ca/Research-Library/appropriation-culturelle_3_synthese-de-l-enquete.pdf

Les bienfaits de l’enseignement et de la pratique de la musique. Page 4-8

http://www.mus-alpha.com/upload/FHOSQ_FAMEQ_Final.pdf

Le Programme d’études de la Saskatchewan

http://progetudes.gov.sk.ca/

« Éduquer en français pour un avenir meilleur : les jeunes se doivent d’être bilingue  » Claire Cossette (2012)

http://www.french-future.org/en/que-fait-on/claire-cossette

 The Benefits of Music Education : An Overview of Current Neuroscience Research (2014) Page 2-9

https://www.rcmusic.ca/sites/default/files/files/RCM_MusicEducationBenefits.pdf

Study Reveals Teens » Strong Commitment to Music and Music Making (2008)

https://www.namm.org/news/press-releases/study-reveals-teens-strong-commitment-music-and-mu

Engaging Adolescents : Building Youth Participation in the Arts (2011)

http://www.nationalguild.org/getmedia/87975376-ddd4-4adb-9b84-dd4e94e90066/EngagingAdolescentsGuide.pdf.aspx?ext=.pdf

Véronique Poulin est une artiste fransaskoise âgée de 25 ans, elle se distingue en tant qu'auteure-compositrice-interprète, multiinstrumentaliste. Bref, elle est une musicienne accomplie et polyvalente, mais elle est aussi écrivaine, enseignante et formatrice pour les jeunes artistes de sa province. En concert Vaero présente des émotions brutes sur des harmonies aux sons folk/pop qui rôlent l’alternatif. Elle côtoie son public avec humour par l’entremise de paroles tantôt nostalgiques et sinistres, tantôt satiriques et légères. En spectacle, Vaero ne cache rien et se manifeste avec aisance. Sa sincérité déconcertante séduit. Cette jeune artiste indépendante des prairies, offre à son public une rencontre authentique et unique. Depuis quelques temps, elle cultive son savoir des arts selon les enjeux qu'elle constate aux contacts des artistes et des travailleurs culturels vu son engagement dans le secteur des arts et de la culture. Bilingue, il est important pour elle de s’enraciner dans sa culture fransaskoise tout en développant une carrière en anglais active et bien ficelée. Elle reconnait que les attentes des industries musicales en français et en anglais sont différentes et spécifiques et elle profite de cette dualité pour mener deux carrières palpitantes de front. Dans ses billets de blogue elle parlera de plateformes différentes qui la mènent à s'exprimer chez les différents groupes de gens qu'elle côtoie. Vous pouvez la repérer par l'entremise de son pseudonyme de scène, Vaero Poulin ou en tant que membre du groupe anglophone, Young Benjamins.

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