Parce qu’il reste des « Robert » un peu partout

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billet rédigé par Simon Forgues de l’ARC du Canada

crédit photo : https://www.flickr.com/photos/alexkerhead/

Bientôt six heures; le début d’une nouvelle journée. Dans quelques minutes, Robert s’éveillera au son de la radio locale. Très bonne station, au demeurant. Rien à redire là-dessus. Si ce n’est qu’un détail, mais pour l’ami Robert, il est de taille.

Comme tous les jours, l’animateur entamera l’émission en rappelant quelques grands titres de l’actualité, puis les résultats des matchs disputés la veille.

Avec sa bonne humeur habituelle, sa collègue annoncera les prévisions météo, parlera brièvement des sujets dont il sera question plus tard et, avant qu’il ne soit sorti du lit, Robert aura déjà entendu au moins une chanson du palmarès et peut-être même deux.

Scène classique de la vie quotidienne. Sauf que…

En sortant de sa chambre, avant même qu’il n’ait eu le temps d’avaler son premier café, les oreilles de Robert auront déjà été détrempées par les grands coups d’une langue qui n’est pas la sienne et encore moins celle de son chien, et son cerveau, malgré qu’il dispose encore de toutes ses facultés, aura été gavé comme une oie d’une pâtée culturelle qu’il ne reconnaît pas.

Mais pourquoi diable écoute-t-il obstinément cette radio chaque matin ? Parce que, contrairement à d’autres francophones du pays, Robert n’a pas la chance de disposer d’un média de proximité dans sa propre langue. Argument massue, s’il en est un.

S’il avait la chance d’avoir une radio locale en français, croyez bien que Robert ne s’en priverait pas.

Vrai qu’il pourrait très bien écouter la radio publique, et ce, même si les studios sont situés à bonne distance de sa ville et que les animateurs ne rejoignent pas suffisamment ses intérêts.

Sauf que Robert aime la radio qui parle de chez lui. S’il habitait Kapuskasing, dans le nord de l’Ontario, à ce moment-ci, Robert aurait déjà entendu des dizaines voire des centaines de mots dans sa langue maternelle à la radio. De la météo, de la politique municipale, des travaux d’aqueducs, des faits divers et quoi d’autre encore.

Même chose à Chéticamp en Nouvelle-Écosse, à Moncton au Nouveau-Brunswick, et, on s’en doute, à Trois-Rivières ou Rimouski au Québec.

Une radio de proximité quoi, et non un substitut régional de la radio montréalaise ou torontoise.

Avant de boire son café, ce n’est ni des Ottawa Senators et des Montreal Canadiens, ni même de weather forecast dont on lui aurait parlé, mais plutôt des Sénateurs d’Ottawa, des Canadiens de Montréal et des prévisions météo.

Et quand, pour une énième fois, il serait demeuré encore un moment à paresser sous la couette comme il en a trop souvent l’habitude, ce ne sont sans doute pas des chansons de Susan Aglukark ou de Carly Rae Jepsen qu’il aurait entendu, mais probablement celles de Gabrielle Goulet, d’Andréa Lindsay ou de Lisa LeBlanc.

Si l’on me demandait pourquoi je continue personnellement de croire au pouvoir de la radio communautaire de langue française dans nos communautés, et ce, malgré toutes les avancées technologiques, malgré les réseaux sociaux, malgré les médias citoyens qu’on retrouve sur la toile, je répondrais que c’est parce qu’il reste encore des Robert. Et des Cynthia aussi. Et des Youssef.

Des gens qui, tout comme moi, sont convaincus que ça fait du bien d’entendre parler de soi et des nôtres dans sa propre langue.

Si vous n’êtes pas le « Robert » de mon récit, mesurez-vous pleinement votre chance d’avoir près de chez vous une radio de proximité qui vous parle dans votre langue maternelle ? Je veux dire, vraiment ?

La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) est un organisme national dont la mission est de promouvoir l’expression artistique et culturelle des communautés francophones et acadiennes. Elle réunit des représentants de sept regroupements nationaux en théâtre, en littérature, en chanson-musique, en arts médiatiques et en arts visuels, ainsi que 13 organismes œuvrant au développement culturel et artistique de onze provinces et territoires du Canada, un regroupement de réseau de diffusion et une alliance de radios communautaires. La FCCF est membre de la Coalition canadienne des arts, de la Coalition pour la diversité culturelle, et de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. Pour de plus amples renseignements sur la Fédération, consultez le www.fccf.ca

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