païenne – pure laine – scotch tape – parapluie

Le
Crédit Mathieu Léger

la francophonie et mon identité semi-perméable

Billet de Maryse Arsenault

Photo : Sous une assiette d’argent | Crédit photo : Mathieu Léger

Pour mon dernier billet, j’avais déjà choisi d’aborder plus spécifiquement mon sentiment d’appartenance à la francophonie hors Québec, alors c’est de circonstance que sa parution tombe drette sur la fête de la Saint-Jean! Sans vouloir être redondante, je ne peux m’empêcher de revenir sur l’idée de solitude-solidarité que je vis à Montréal, comme artiste francophone hors Québec. Cette fois-ci j’aimerais discuter de deux-trois choses qui me tracassent. Ça tourne surtout autour de mon statut de privilégié de peau blanche, que je baigne dedans même si je m’identifie plutôt à une minorité invisible: Acadienne de sang mi’kmaq, breton, écossais – pas si française que ça vraiment, mais assez française pour reconnaitre le rôle de mes ancêtres dans la colonisation violente des Amériques. C’est ce mélange de descendance d’oppresseurs et d’opprimés qui crée un conflit identitaire dans mon intérieur.

parapluie

Fête de la Saint-Jean Baptiste : dérivé d’une fête païenne, où on fête le solstice d’été, maintenant sous l’influence catholique avec des baptêmes de masse, et jadis, mais toujours avec des feux sans mesure pour célébrer la lumière fertilisante d’une longue journée ensoleillée sur la terre. C’est en fait à cette occasion en 1610 que revient un premier baptême catholique français qui réussit présumément à convertir le clan Mi’kmaq du chef shaman Membertou, à Port-Royal en Nouvelle-France. Ce qui m’agace dernièrement c’est cette tendance « bien vue » de rétablir une amitié/solidarité avec les premières nations, en reconnaissance de leur génocide  »culturel » – parce qu’on n’ose pas dire qu’on à tué des milliers d’humains au nom d’un « Nouveau Monde » plus civilisé et moins sauvage, comme une chasse aux sorcières, on préfère parler de génocide culturel -, mais aussi de leur lutte pour préserver notre environnement, notre eau potable, nos forêts, etc. Par contre, on parle très rarement et jamais ouvertement de notre rôle comme francophonie dans ce génocide.

Pour moi c’est important de comprendre les relations qui hante mon passé ancestral d’exilé-conquérant-voleur sauvé assimilateur assimilé. Je cherche à connaitre cette histoire sans vouloir paraître bien. Le fait que j’ai du sang Mi’kmaq ne justifie pas une déculpabilisation chez moi. Je veux comprendre comment être une alliée informée, et le plus que j’en apprends, le moins que je m’identifie à la francophonie finalement. C’est ma langue maternelle simplement par défaut politique. Sous d’autres circonstances, je parlerais surement un genre de dialecte gaélique si je m’en fie à ma génétique dominante.

virgin wool

Après maintes batailles France-Angleterre, les nouvelles colonies sont sous le règne britannique, seule la population francophone du Québec reste assez nombreuse pour garder son impact politique au niveau national. Mais ça n’empêche pas que nous on est encore là. Nous les Acadiens on à ne pas prêter allégeance à la France, ni a l’Angleterre non plus. L’Acadie neutre = l’acadien déporté. L’Acadienne et son enfant épargnés sous l’aile de peuples Abenakis. Mais d’après mes recherches auprès d’une ainée Mik’maq à Kouchibouguac au nom de Marilyn, les premiers colons français avaient trahi le grand peuple Abenaki, en créant une allégeance Mi’kmaq-Malécites qui anéantirait les Beothuk de Terre-Neuve, pour laisser passer le droit de pêche aux colonies françaises sur les côtes de celle-ci. Quand les Mi’kmaqs ont caché mes ancêtres dans la forêt ce n’était pas par amitié, mais par humanisme : les enfants n’ont pas de race chez les Mi’kmaqs et ils ont pris pitié.

Fast forward. Suite à la Révolution tranquille (années 60), c’est en 1977 que le 24 juin devient officiellement fête nationale au Québec. C’est la même année que fut fondée la Galerie Sans nom à Moncton, mon berceau d’art actuel à moi, c’est la décennie des centres d’artistes partout au Canada. C’est l’éveil d’une Acadie contemporaine, et aussi d’une francophonie propre aux provinces qui n’ont pas pu se subjuguer au combat. L’Acadie commence juste à se faire prendre au sérieux sur la map culturelle canadienne. Ton château fort est fut plus fort que le mien, une carapace, un parapluie, pure laine.

scotch tape

L’autre affaire qui me bogue c’est que tous les Français de France et les Québécois de souche pensent que mon accent provient du fait que je suis  »plutôt anglophone ». Je ne veux pas vous vexer ni parler d’une ignorance de votre part, puisque vous êtes pour la plupart mes amis. C’est qu’en fait j’ai l’impression que vous avez oublié qu’une population importante de francophones s’est éparpillée partout dans le monde à cause de notre tendance colonisatrice. Dans ces moments d’exode, nous nous sommes séparés de la source linguistique et notre parler à évoluer séparément. Des centaines d’années se sont écoulées avant que nous fassions contact à nouveau. Isolés un peu partout dans le pays, les francophones hors Québec ont gardé intact un vieux français. Je prolonge mes  »u » et mes  »ou » pas parce que je vis sous l’influence de l’anglais, mais parce que je parle un français désuet, parsemé de mots comme baillir et crir (quérir). Je ne nie pas l’effet de l’anglais sur le chiac, certes issu d’une cohabitation canadienne franco-anglo, mais ne réduisez pas tous mes emprunts linguistiques à la même soupe.

Je suis perméable quand je me laisse être assimilée, une tactique secrète des Écossais pour s’infiltrer et survivre à l’immigration dans un monde nouveau. J’oublie qui m’a conté ça, que les Écossais étaient connus pour subir bénévolement l’assimilation comme moyen de conquérir par mariages et liage de sang. Enrobée, dérobée, je change d’allégeance comme je change de robe. Je suis bonne à croire profondément  certaine définitions poétiques et faits historiques que j’ai moi-même inventé, et je suis habituée d’être mal comprise tellement je mélange anecdotes aux rêves comme l’anglais au français sur ma langue. Je me fie plutôt à mon instinct qu’a une méthodologie de recherche et j’ai une mémoire de poisson quand ça vient aux noms propres et à la géographie. Quoique ma mémoire soit pourtant photographique, je retiens l’image sans toujours noter son sens propre. À mesure que le temps passe, les notions que j’encaisse dans ma laine me reviennent toutes distorsionnées. Je me laisse guidée par un frisson qui me passe dans le corps, qui me suffit habituellement de confirmation que je dois avoir raison. Une vraie païenne.

Pour votre lecture :

http://francopresse.ca/index.cfm?Id=69422&Voir=article

http://www.biographi.ca/en/bio/membertou_1E.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fête_nationale_du_Québec

Maryse Arseneault poursuit présentement sa maîtrise en arts plastiques à l'Université Concordia (MFA Studio Arts). Membre locataire du centre culturel Aberdeen depuis son baccalauréat (Université de Moncton 2006), son baccalauréat (Université de Moncton 2006), Arseneault est une artiste multi-disciplinaire qui s'engage dans sa communauté, notamment avec la Galerie Sans Nom, l'atelier d'estampe Imago, et la Commission Jeunesse pour les arts au Nouveau-Brunswick. Deux fois récipiendaire d'une bourse de création ArtsNB (2007 et 2011), elle signe l'installation d'appropriations Sanguine, Terre Brulée et Autres Angoisses (Galerie d'art Louise et Ruben Cohen 2011, Festival inter-celtique de Lorient 2012, Eastern Edge Gallery 2013) et l'installation performative avec projections Une coupe de cheveux pour la fin du monde (Galerie Sans Nom 2012). L'art de s'envoler / Flyer for Flight sera présenté à la Galerie du Nouvel Ontario au printemps 2015.

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