Le travail par amour des voyages versus le voyage par amour du travail

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Et si les voyages suggèrent-ils une carrière saine?

Billet de Véronique Poulin

Photo : Un violon en voyage | Crédit photo : Pixabay

Bienvenue à bord!

Assise dans le siège 12D, je regarde les ailes de l’avion par ma fenêtre. Je m’agite quand la jolie hôtesse de l’air m’informe que mon violon doit être placé plus loin dans les cabines en arrière « pour faire plus de place » entre parenthèses. « Oh, non non, ça ne me dérange pas de quitter de vue la raison même pour laquelle je fais ce voyage : un pti 3000 piastres qui m’aide à gagner d’autres pains… bougez-le et gardez vos sacoches proches ». Je dois saisir cette occasion de laisser aller ma première inquiétude du voyage – et je souris aux deux vieilles dames dans les sièges derrière moi. Ce n’est pas de leur faute, si j’ai choisi un violon au lieu de l’harmonium. Je prends une grande respiration et je relâche en jetant mon regard vers la ligne à l’horizon séparant le bleu du blanc. J’ai aussi l’impression que les nuages essaient de me dire que je dois ne m’inquiéter de rien. J’ai mes câbles, mes pédales, mon convertisseur de pouvoir, mon journal, ma tablette et mes quatre compagnons de voyage exceptionnels. Pourquoi m’inquiéterais-je? Mais puisque c’est mon premier voyage au-dessus de l’Atlantique et que je n’aurai pas d’arrêt en France pour me changer les idées, j’ai peur que ma mother tongue reste non-utilisable jusqu’à mon vol de retour lorsque l’hôtesse de l’air annoncera « Welcome Aboard!… Bienvenue à bord! ».

Vivez l’expérience!

Dernièrement, j’ai eu le plaisir de voyager pour ma musique, autant en français qu’en anglais. J’ai aussi fait du covoiturage avec une troupe de théâtre francophone pour présenter des spectacles scolaires théâtraux pendant les journées du patrimoine. J’ai fait de l’enregistrement musical à Montréal, j’ai voyagé à New York, à Toronto et en Angleterre, sans nommer tous les road-trips que j’ai faits pour me rendre à un spectacle, au lancement d’un ami, au mariage d’une autre, etc. Bref, la plupart de nos meilleures expériences de vie se font sur une route qui mène vers du nouveau, vers un délassement de quelque sorte.

Avouons-le, nos plus beaux souvenirs au cours de notre vie ne se produiront pas chez nous. Nous vivons dans une société de population nomade, toujours en changement et en renouvellement. Ces derniers dix ans, j’ai déménagé huit fois, et ça, c’est plutôt la norme chez les adultes de mon âge.

Alors d’où vient ce désir de voyager? Est-ce par nécessité, par besoin physiologique ou par simple intérêt à « sacrer son camp de d’là » pour quelques semaines? Dans l’Ouest canadien, tout semble être plus loin. On voyage en moyenne, entre 500 à 1000 kilomètres par fin de semaine pour visiter la ville « la plus proche » de la nôtre.

Le besoin est encore plus grand si on travaille en français comme c’est le cas chez plusieurs francophones hors Québec qui font des affaires dans l’Est. Je suis chanceuse de pouvoir voyager grâce ma carrière, mais il en reste que si on veut faire de la scène, on doit être équipé financièrement et mentalement pour nos tournées qui ne sont certainement pas à la portée de main.

Pour plusieurs, l’art c’est un outil pour voir le monde et pour se rendre logiquement du point A au point B. Ces artistes jouent dans le train Via Rail pour rejoindre leur destination, ils organisent des spectacles dans les cafés pour se rendre à Moncton. Ils performent sur des bateaux sur la mer des Caraïbes ou même dans un « tout-inclus » au Mexique pour attraper du soleil pendant l’hiver. Ils sont de vrais chanceux. Ils ont le talent de trouver leurs vacances en plein milieu de leur art.

Pour d’autres, les voyages de « business » sont une façon de vivre l’expérience d’artiste et de rencontrer d’autres modèles qui savent, eux aussi comment jouir de la vie. Quand je voyage, je ressens une plus grande union avec ceux qui vivent comme moi. C’est vrai que notre « chez-nous » devient le sofa d’un autre musicien ou le motel au bord du « highway », mais on le fait par amour du travail choisi. Lorsque je serai en Angleterre, je ne sais lesquels des deux sera mon choix, mais chose certaine, c’est que ces voyages me façonnent à devenir une meilleure artiste, plus patiente, plus humble, plus ouverte aux chemins peu traversés, même si je m’inquiète toujours de mon violon dans la cabine…

 

Véronique Poulin est une artiste fransaskoise âgée de 25 ans, elle se distingue en tant qu'auteure-compositrice-interprète, multiinstrumentaliste. Bref, elle est une musicienne accomplie et polyvalente, mais elle est aussi écrivaine, enseignante et formatrice pour les jeunes artistes de sa province. En concert Vaero présente des émotions brutes sur des harmonies aux sons folk/pop qui rôlent l’alternatif. Elle côtoie son public avec humour par l’entremise de paroles tantôt nostalgiques et sinistres, tantôt satiriques et légères. En spectacle, Vaero ne cache rien et se manifeste avec aisance. Sa sincérité déconcertante séduit. Cette jeune artiste indépendante des prairies, offre à son public une rencontre authentique et unique. Depuis quelques temps, elle cultive son savoir des arts selon les enjeux qu'elle constate aux contacts des artistes et des travailleurs culturels vu son engagement dans le secteur des arts et de la culture. Bilingue, il est important pour elle de s’enraciner dans sa culture fransaskoise tout en développant une carrière en anglais active et bien ficelée. Elle reconnait que les attentes des industries musicales en français et en anglais sont différentes et spécifiques et elle profite de cette dualité pour mener deux carrières palpitantes de front. Dans ses billets de blogue elle parlera de plateformes différentes qui la mènent à s'exprimer chez les différents groupes de gens qu'elle côtoie. Vous pouvez la repérer par l'entremise de son pseudonyme de scène, Vaero Poulin ou en tant que membre du groupe anglophone, Young Benjamins.

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