Jack London, aurores boréales, caribous… et la culture francophone dans tout cela?

Le
Spectacle Onde de choc, en 2013
Crédit : Allistair Maitland

Billet rédigé par Roch Nadon

Photo : Ondes de choc | Crédit photo : Allistair Maitland

Quand je me retrouve dans le sud du pays pour des rencontres de travail, je suis celui que l’on présente comme le gars qui vient de Whitehorse, au Yukon. Et tout de suite, sans que je le veuille vraiment (un peu tout de même), le Yukon devient le sujet de l’heure. Je vous ferai grâce des questions classiques sur la température, la noirceur et la clarté, si nous avons internet ou si nous avons des igloos – eh bien non, pas d’igloos – mais nous avons bien sûr des balayeuses au propane.

Bon ! Mon billet ne traitera pas de ses questions existentielles, mais plutôt de celles qui m’amènent à vous parler sur l’art et la culture en français dans ce coin de pays.

Grizzly et artistes…

Imaginez qu’au Yukon, on rencontre autant d’artistes et de travailleurs culturels que de grizzlys au mètre carré (j’exagère à peine). Selon le Conseil des arts du Canada (CAC), il y avait 210 artistes professionnels sur le territoire en 2012. Toutefois, il est difficile de connaître le nombre de personnes qui pratiquent une discipline artistique de façon sporadique ou régulière, amateur ou professionnelle.

Néanmoins, mon travail me permet l’accès à une banque d’une cinquantaine d’artistes francophones et francophiles dont quatre ou cinq d’entre eux font partie des chiffres du CAC. Selon moi, les « autres » sont aussi importants sinon plus par leur présence, leur création et leur générosité partagées avec la communauté. Par ailleurs, je crois qu’il y en a davantage : ils ne se sont pas encore fait voir et entendre.

… Et les travailleurs culturels

Une étude* réalisée en 2004 a démontré qu’il y avait 735 travailleurs culturels qui représentaient 4,2 % des travailleurs yukonnais à cette époque. Ces données sont maintenant désuètes j’en conviens, néanmoins je sais que le secteur des arts et de la culture au territoire est encore bien dynamique et que les données risquent fort d’être encore significatives avec la nouvelle étude qui est en cours et qui devrait paraître d’ici la fin de l’année 2015.

Dynamisme d’une communauté

La communauté franco-yukonnaise est reconnue comme étant créative, résiliente et innovatrice. Ceci correspond assez bien à l’image des artistes (qui le veulent ou non) contribuant à la pérennité de cette communauté au Yukon. Est-ce que ce sont les grands espaces qui inspirent les gens ou cette grande ouverture présente qui permet d’explorer toutes les idées qui caractérisent le dynamisme de cette communauté? C’est certain que je vous le dirais, mais il y a plus encore ! Comme je le dis souvent à mes bonnes connaissances qui vivent dans le sud du Canada : le Yukon offre la possibilité de vivre son plein potentiel, et ce, dans toutes les sphères de la vie.

Quelques chiffres sur le terrain

Le service Arts et culture de l’Association franco-yukonnaise (AFY) propose chaque année une programmation de quelques 125 initiatives artistiques et culturelles qui attire plus de 12 000 personnes. Création, production, diffusion, art communautaire, médiation culturelle, amateur ou professionnel, artiste local ou artiste invité : tout cela caractérise bien cette programmation éclectique. Fait à noter : il y a seulement 1 660 francophones qui composent (4,9 %) de la population yukonnaise de 34 000 personnes (Statistique Canada, 2011).

Aussi, il y a tout ce qui est proposé par les autres groupes culturels, car les manifestations artistiques et culturelles sont parties prenantes du quotidien yukonnais, en région comme dans la capitale, Whitehorse.

Francophonie et anglophonie yukonnaise

Ces deux écosystèmes œuvrent en harmonie au sein de la scène artistique et culturelle. Il n’est pas rare de voir une prestation francophone dans un festival anglophone, et vice et versa. Au-delà du partage culturel : le partage des coûts de production et de diffusion aboutit en une économie pour tous. Il y a bien sûr une vive compétition que je qualifierais de saine au sein des organismes artistiques et culturels. Les bailleurs de fonds des secteurs public et privé reconnaissent l’excellence, la créativité et l’innovation qui assurent le continuum artistique (création-diffusion rayonnement) dans la collectivité yukonnaise. Je dirais sans trop de prétention que la francoyukonnie s’en tire assez bien… Mais, il ne faut pas le dire trop fort : on pourrait faire des envieux.

Défis et questionnements

Bien entendu et comme toutes les autres communautés francophones et acadiennes, nous avons nos défis. Certes, ces défis sont communs tels que les besoins en infrastructure et en professionnalisation du milieu. Il y a aussi l’alourdissement de la tâche administrative et le financement insuffisant de certains bailleurs de fonds qui semblent ne pas réaliser toutes les retombées économiques que rapportent les arts et la culture.

Les défis sont aussi spécifiques comme la distance géographique et les coûts qui y sont reliés : imaginez déplacer une production théâtrale de trois à quatre comédiens accompagnés de la direction artistique et de la direction technique sans parler des décors de Vancouver à Whitehorse… qui représente 2 500 kilomètres.

Nos coûts de révision et de traduction sont à tenir compte dans nos stratégies de promotion : c’est notre réalité. Les anglophones sont ouverts à la culture et la langue française. Nous voulons les rejoindre. D’ailleurs, le bilinguisme atteint 13 % au Yukon. Ce qui en fait le 3e endroit après le Nouveau-Brunswick et le Québec.

Ceci apporte son lot de questionnements : Doit-on investir (autant) dans l’anglophonie au Yukon? Devrait-on le faire davantage au Canada tant qu’à y être? Quel est le meilleur équilibre à atteindre entre le retour sur l’investissement et l’émotion ressentie par les spectateurs suite à la présentation de cette pièce de théâtre francophone de Vancouver? Avons-nous trop d’activités en arts et culture en français pour notre population francophone au Yukon?

Peut-on vraiment en avoir trop?


Hyperliens

Conseil des arts du Canada, section Yukon : http://conseildesarts.ca/yukon p.2

Divers statistiques :http://www.eco.gov.yk.ca/fr/stats/index.html | http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/demo11d-fra.htm

*Étude sur les travailleurs culturels au Yukon, 2004 : http://www.yukonomics.ca/reports/Yukon_Cultural_Labour_Force.pdf 

Nordique ayant des racines canadiennes-françaises du Québec. Franco-yukonnais d’adoption depuis 23 ans avec un parcours atypique. Il a été biologiste, garde de parc, bûcheron, aide-charpentier, postier, éducateur en petite enfance, animateur-radio. Il œuvre depuis 18 ans au sein de l’Association franco-yukonnaise (AFY). Il y porte plusieurs chapeaux, dont celui de directeur du service Arts et culture + Jeunesse.

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