Catégorie : Littérature

Crédit Mathieu Léger

païenne – pure laine – scotch tape – parapluie

Le

la francophonie et mon identité semi-perméable

Billet de Maryse Arsenault

Photo : Sous une assiette d’argent | Crédit photo : Mathieu Léger

Pour mon dernier billet, j’avais déjà choisi d’aborder plus spécifiquement mon sentiment d’appartenance à la francophonie hors Québec, alors c’est de circonstance que sa parution tombe drette sur la fête de la Saint-Jean! Sans vouloir être redondante, je ne peux m’empêcher de revenir sur l’idée de solitude-solidarité que je vis à Montréal, comme artiste francophone hors Québec. Cette fois-ci j’aimerais discuter de deux-trois choses qui me tracassent. Ça tourne surtout autour de mon statut de privilégié de peau blanche, que je baigne dedans même si je m’identifie plutôt à une minorité invisible: Acadienne de sang mi’kmaq, breton, écossais – pas si française que ça vraiment, mais assez française pour reconnaitre le rôle de mes ancêtres dans la colonisation violente des Amériques. C’est ce mélange de descendance d’oppresseurs et d’opprimés qui crée un conflit identitaire dans mon intérieur. (suite)

Du créer seul au vivre ensemble

Le

Retour sur une expérience de médiation culturelle

Billet de Jonathan Roy

Vidéo et crédit | Chris LeBlanc [Le Blanc Tape]

L’idée par défaut de l’artiste, dans la perception collective, le veut généralement solitaire, isolé, voire pas ou peu impliqué dans la vraie vie de la cité. Tout seul dans son atelier, à sa table de travail ou au fond de son bar, il est facile de le cantonner à l’idée reçue de l’artiste travaillant pour lui et pour une poignée de pairs. Comme j’œuvre principalement en poésie, c’est d’autant plus facile de me rallier à ce modèle, d’en faire un archétype à incarner pour réussir, le geste même de l’écriture étant en soi perçu comme étant profondément introspectif et son décodage réservé à quelques initiés.

Or, depuis quelques années, je me suis heurté à un paradoxe important, à une idée a priori difficilement compatible avec cette vision par défaut : il me semblait que la pratique de la poésie, de l’art en tant que prise de parole primale, pourrait pourtant bénéficier à tous, au-delà du carnet du poète, du monde du livre et des lancements peu fréquentés. Il me semblait que les effets bénéfiques d’une prise de parole libre et créative, viscérale, pourraient contribuer à construire des citoyens plus émancipés, plus heureux, et mieux habiletés à prendre la parole pour fabriquer un espace de vie à leur image tout en meublant le mien. Bref, que ce serait peut-être en démocratisant l’expérience artistique, en la rendant accessible à toutes les tranches de la société, qu’on pourrait aspirer à une vie commune moins divisée, opposant ceux qui sont en mesure de prendre la parole et ceux qui ne le sont pas.

(suite)

Eugène Delacroix réalisée en 1830, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses

Histoire disparue

Le

Billet rédigé par Marie-Thé Morin

Tableau : La liberté guidant le peuple | Artiste : Eugène Delacroix 

Avez-vous remarqué? L’Histoire a disparu de nos écrans de télévision. Pas seulement des diffuseurs généralistes, mais même de stations qui se spécialisent, justement, en Histoire. Pourquoi?

L’Histoire est-elle trop manipulable? Les théories de conspiration et de complots mettent-elles trop à mal ses versions officielles?

En travaillant sur un projet d’écriture récemment, on m’a dit que l’aspect historique qu’il contenait était trop grand pour éveiller l’intérêt des jeunes. Et cela, même si le fait historique était en filigrane de l’action qui se passait de nos jours. Curieux. Bizarre. Pour la passionnée d’Histoire que je suis, cette affirmation est incompréhensible. Je suis d’ailleurs convaincue qu’on peut rendre sexy l’Histoire avec un grand H. Et ce n’est certainement pas en l’évacuant des conversations et de nos créations qu’on aidera notre civilisation humaine mondiale à passer à une étape supérieure.

Où allons-nous collectivement? La question se pose de plus en plus. Mais les réponses n’abondent pas. Pourquoi? On pourra invoquer que c’est parce que plus personne ne sait d’où il vient. Que la vie se passe tout de suite, sans vision globale, dans la seconde qui vient et qui meurt, que la vie se passe dans l’instant d’un divertissement qui ne dure pas, dans la minute où naissent, vivent et meurent un éclat de rire ou les pleurs, qu’elle se consume dans l’exploitation d’une richesse naturelle sans penser aux conséquences, qu’elle se déroule dans l’indifférence généralisée envers le projet de loi C-51 qui confère au Service du renseignement de sécurité des pouvoirs extraordinaires pour espionner des Canadiens sur de simples soupçons, comme si on se servait d’une mitraillette pour tuer un moustique.

Et ensuite?

(suite)

Caroline et sa liseuse en vacances

Livre papier vs livre numérique : la guerre des formats

Le

Billet rédigé par : Caroline G. Boudreau

Crédit photo : Caroline G. Boudreau – Caroline et sa liseuse en vacances

Travaillant dans le milieu littéraire, j’assiste depuis quelques années au virage numérique, soit à l’apparition du livre numérique. Je ne suis pas experte dans la matière, loin de là. Le virage numérique est un dossier complexe avec son propre écosystème et sa propre terminologie (ePub, PDF, liseuse, métadonnées, etc.). Dans ce billet, je vous partage mes réflexions personnelles face à cette nouvelle « bibitte » du milieu littéraire (bien que cela fasse déjà quelques années que nous parlons de livre numérique).

L’arrivée du livre numérique a chamboulé l’industrie du livre. Les éditeurs, qui doivent par leur métier être à la fois amoureux des mots et as des chiffres, doivent maintenant ajouter une autre corde à leur arc : l’édition numérique. La publication d’un livre est devenue plus compliqué : il y a parfois trois versions d’un livre (en papier, en PDF, en ePub). Chaque version nécessite des actions différentes et des coûts sont liés à chacun de ces formats. Les canaux de ventes pour le livre numérique ne sont pas les mêmes que pour le livre papier et la gestion des métadonnées (mots-clés associés au livre) est assez compliquée. De plus, l’évolution du milieu est rapide. Les formats et les normes ne cessent de se développer : certains éditeurs produisent des ePub3 permettant d’inclure des vidéos et de la musique à leur produit. (suite)

photos_premierblogue_MT

L’intemporalité du travail de l’artiste

Le

Billet rédigé par Marie-Thé Morin, artiste franco-ontarienne

Je réfléchis de plus en plus au temps qui passe. Aux perceptions et aux certitudes (et surtout aux doutes) qui changent et varient avec l’âge. Et pourquoi? Je ne me sens pas plus vieille, pourtant. Si c’était cela, ce serait vraiment plus simple. Non, au contraire, je me sens jeune, peut-être plus jeune que je ne l’étais à 30 ans. J’ai (très trop souvent) des élans d’adolescence où je sens que j’ai encore tout à dire et à faire. La création, les recherches artistiques et la curiosité conservent bien la jeunesse, l’ouverture et la vivacité d’esprit.

(suite)