Articles de Marie-Thé Morin

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L’âge de l’incertitude

Le

Billet de Marie-Thé Morin

Photo : Chaos | Crédit photo : Gerd Altmann

Je tire ma révérence de ce blogue où j’ai eu du plaisir à laisser libre cours à ma pensée.

Je tire ma révérence un peu comme je suis entrée en matière.

En me posant des questions sur le temps qui passe. Sur les choses inachevées. Sur les choses qu’on laisse inachevées sans l’avoir voulu. Sur les choses inachevées, parce que bousculées, tuées dans l’œuf, abandonnées, achetées ou modifiées génétiquement, perçues comme trop nouvelles, dangereuses, subversives, hérétiques et que sais-je encore.

Drôle de monde dans lequel nous vivons. Nous vivons dans l’âge de l’incertitude. Le passé n’existe plus et l’avenir n’est pas simple à imaginer. Entre les deux, il y a le présent encombré comme un fourre-tout où l’on met trop de choses à faire tout de suite. Le présent a perdu beaucoup de son ludisme : il est souvent source d’angoisse et d’urgence où le plaisir n’a pas le temps de faire sa niche. (suite)

Eugène Delacroix réalisée en 1830, inspirée de la révolution des Trois Glorieuses

Histoire disparue

Le

Billet rédigé par Marie-Thé Morin

Tableau : La liberté guidant le peuple | Artiste : Eugène Delacroix 

Avez-vous remarqué? L’Histoire a disparu de nos écrans de télévision. Pas seulement des diffuseurs généralistes, mais même de stations qui se spécialisent, justement, en Histoire. Pourquoi?

L’Histoire est-elle trop manipulable? Les théories de conspiration et de complots mettent-elles trop à mal ses versions officielles?

En travaillant sur un projet d’écriture récemment, on m’a dit que l’aspect historique qu’il contenait était trop grand pour éveiller l’intérêt des jeunes. Et cela, même si le fait historique était en filigrane de l’action qui se passait de nos jours. Curieux. Bizarre. Pour la passionnée d’Histoire que je suis, cette affirmation est incompréhensible. Je suis d’ailleurs convaincue qu’on peut rendre sexy l’Histoire avec un grand H. Et ce n’est certainement pas en l’évacuant des conversations et de nos créations qu’on aidera notre civilisation humaine mondiale à passer à une étape supérieure.

Où allons-nous collectivement? La question se pose de plus en plus. Mais les réponses n’abondent pas. Pourquoi? On pourra invoquer que c’est parce que plus personne ne sait d’où il vient. Que la vie se passe tout de suite, sans vision globale, dans la seconde qui vient et qui meurt, que la vie se passe dans l’instant d’un divertissement qui ne dure pas, dans la minute où naissent, vivent et meurent un éclat de rire ou les pleurs, qu’elle se consume dans l’exploitation d’une richesse naturelle sans penser aux conséquences, qu’elle se déroule dans l’indifférence généralisée envers le projet de loi C-51 qui confère au Service du renseignement de sécurité des pouvoirs extraordinaires pour espionner des Canadiens sur de simples soupçons, comme si on se servait d’une mitraillette pour tuer un moustique.

Et ensuite?

(suite)

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Se donner les moyens de durer

Le

Billet de Marie-Thé Morin

Crédit photo : Gabriel Martine pour La Nouvelle Scène

Aujourd’hui, je m’inspire de mon collègue Craig Holzschuch qui a parlé dans le blogue précédent avec enthousiasme des 40 ans du Théâtre de la Seizième à Vancouver. Félicitations d’ailleurs à toute l’équipe! Je ne garde que de bons souvenirs de mes passages chez vous… Et merci pour l’anecdote de la seizième, je ne la connaissais pas celle-là!

Je suis émerveillée par cette incroyable capacité de durer, d’une part dans le monde des arts et, d’autre part, en milieu minoritaire. Par chez nous, à Ottawa, deux compagnies célèbrent leur 35e anniversaire en cette saison 2015-16 : le Théâtre de la Vieille 17 et Vox Théâtre. Ce sont deux compagnies proches de mon cœur pour bien des raisons. Elles partagent le souci du travail bien fait, une foi absolue dans la création et son pouvoir de transformation sociale, un besoin d’intervenir directement dans les milieux scolaire et communautaire pour « contaminer sainement au virus du théâtre » des générations d’enfants et d’amateurs de théâtre de tous les âges. Grâce à leur formidable jeunesse et à leur vitalité, elles continuent de créer selon les valeurs artistiques qui leur sont propres et qu’elles n’ont jamais cessé de cultiver au fil des années.

Avec chaque saison qui passe, elles se font encore plus passeuses d’un savoir créatif qu’elles continuent d’élargir; pour les gens qu’elles « contaminent », elles facilitent l’affirmation de soi en public, en français, sur les scènes ou plus simplement sur les tribunes de la vie de tous les jours.

Malheureusement, le 35e anniversaire de ces deux belles compagnies de théâtre passe un peu inaperçu cette saison, en l’absence de leur lieu de création et de présentation habituelle. En effet, depuis le printemps 2013, les murs de La Nouvelle Scène ont disparu au 333, avenue King Edward à Ottawa. Ils sont en voie d’être reconstruits lentement, patiemment, comme un décor de tournée qui exige une longue et savante logistique pour que tout soit bien à sa place.

L’absence physique de ce lieu que les artistes et les amateurs de théâtre francophones avaient pris l’habitude de fréquenter depuis 1999 nous fait voir à quel point ces salles sont indispensables à toute création, à toute affirmation, à toute identité culturelle.

(suite)

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Culture et agriculture : une histoire d’amitié

Le

billet rédigé par Marie-Thé Morin

crédit photo : Marie-Thé Morin

C’était il y a quelques années.

Pendant quatre mois, deux fois par semaine, j’ai travaillé avec Anne alors que je dirigeais la création collective qu’elle écrivait avec quatre autres étudiants pour la troupe de leur école secondaire à Plantagenet. J’ai découvert une jeune fille avec des idées tout à fait originales, animée d’une sorte de passion inextinguible qu’on pouvait lire dans son regard curieux.

Pendant le processus de rédaction, c’est elle qui apportait les idées les plus originales. Des idées surprenantes qui demandaient qu’on s’y attarde un peu pour en imaginer toute la portée. Bien sûr, reçues par les mauvaises oreilles, ces idées-là auraient pu tout simplement être rejetées du revers de la main. Inapplicables. Trop complexes. Détonantes. Empreintes d’une liberté débridée qui jaillissait des promenades à cheval d’Anne. (suite)

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L’intemporalité du travail de l’artiste

Le

Billet rédigé par Marie-Thé Morin, artiste franco-ontarienne

Je réfléchis de plus en plus au temps qui passe. Aux perceptions et aux certitudes (et surtout aux doutes) qui changent et varient avec l’âge. Et pourquoi? Je ne me sens pas plus vieille, pourtant. Si c’était cela, ce serait vraiment plus simple. Non, au contraire, je me sens jeune, peut-être plus jeune que je ne l’étais à 30 ans. J’ai (très trop souvent) des élans d’adolescence où je sens que j’ai encore tout à dire et à faire. La création, les recherches artistiques et la curiosité conservent bien la jeunesse, l’ouverture et la vivacité d’esprit.

(suite)