Articles de Maryse Arseneault

Crédit Mathieu Léger

païenne – pure laine – scotch tape – parapluie

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la francophonie et mon identité semi-perméable

Billet de Maryse Arsenault

Photo : Sous une assiette d’argent | Crédit photo : Mathieu Léger

Pour mon dernier billet, j’avais déjà choisi d’aborder plus spécifiquement mon sentiment d’appartenance à la francophonie hors Québec, alors c’est de circonstance que sa parution tombe drette sur la fête de la Saint-Jean! Sans vouloir être redondante, je ne peux m’empêcher de revenir sur l’idée de solitude-solidarité que je vis à Montréal, comme artiste francophone hors Québec. Cette fois-ci j’aimerais discuter de deux-trois choses qui me tracassent. Ça tourne surtout autour de mon statut de privilégié de peau blanche, que je baigne dedans même si je m’identifie plutôt à une minorité invisible: Acadienne de sang mi’kmaq, breton, écossais – pas si française que ça vraiment, mais assez française pour reconnaitre le rôle de mes ancêtres dans la colonisation violente des Amériques. C’est ce mélange de descendance d’oppresseurs et d’opprimés qui crée un conflit identitaire dans mon intérieur. (suite)

http://ineverreallylikedyou.blogspot.ca/2012/11/blog-post.html?view=mosaic

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Billet rédigé par Maryse Arseneault

Tableau : Sérigraphie sur objet trouvé | Artiste : Jennifer Bélanger

Cette fois-ci je me suis permis de déambuler un peu en prose, un peu en réponse à des articles et billets de blogue vus  ces dernières semaines. Entre autres, le dernier texte de Marie-Thé Morin sur l’histoire – ou l’absence de contexte historique – à la télé, et l’autre, une entrée WordPress de Pieuvre et Thé (coincidences?!!) sur le manque d’action concrète de la part des artistes de cette génération en matière politique radicale. Mon billet est un peu comme le mois d’avril, il fait chaud quelques jours et juste après il fait froid à nouveau et je sais plus quel habit porter pour aller travailler. Je n’ai pas complété mon ménage du printemps encore, alors mes idées sont all over the place.

Une fois sur dix je me lève du mauvais pied comme aujourd’hui, ne pas être capable de me rendormir parce que le trop-plein d’échéances tourbillonne dans mon cerveau qui aimerait dont retourner à ses rêves de s’envoler par-dessus l’immeuble à dix-sept étages des assurances l’Assomption. Aujourd’hui dans mon insomnie matinale je me suis dit que je n’aimais pas ça être artiste. J’aime faire de l’art, pis j’aimerais changer le monde, être plus engagée dans ma communauté, faire une différence, mais être artiste (je l’ai déjà mentionné dans un billet précédent) me rend parfois mal à l’aise. (suite)

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L’Acadie Mythique, ou comment réinterpréter l’archive pour une mythologie actuelle?

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Billet de Maryse Arseneault

Crédit photo : Maryse Arseneault – De droite à gauche L’artiste Paul-Edouard Bourque à coté de son oeuvre et le commissaire Harlan Johnson devant l’oeuvre de François Gaudet.

En passant ma semaine de lecture à Moncton, j’ai eu l’occasion d’assister au vernissage de l’exposition itinérante L’Acadie Mythique, projet de la galerie d’art de l’Université Saint Mary’s à Halifax, présentée pour les prochains mois au Musée acadien de l’Université de Moncton. J’avais déjà en tête de rédiger ce billet de blogue pendant mes vacances, et tenter de mettre en mots quelques idées qui me reviennent souvent sur l’identité acadienne contemporaine, mais voilà que ce projet collectif est venu alimenter mes pensées davantage! J’ai donc décidé de vous faire un compte rendu de mes impressions, en attendant le catalogue bientôt disponible aux institutions participantes, et de garder mes sentiments sur l’identité francophone hors Québec pour un prochain billet.

Une proposition du commissaire Harlan Johnson, en collaboration avec la coordinatrice Mireille Bourgeois et des artistes acadiens d’un peu partout dans les maritimes, les œuvres pour l’exposition de groupe L’Acadie Mythique devaient s’inspirer d’objets historiques et de documents d’archives, provenant des collections acadiennes de nos divers musées. Venant de la Louisiane jusqu’à la Baie Sainte-Marie, en passant par le Maine, l’Île du Prince-Édouard et différentes régions du Nouveau-Brunswick, la brochette d’artistes choisis a revisité des faits historiques et légendes avec une diversité de médiums.

Lors d’une table ronde animée par la directrice du Musée acadien de Moncton, Jeanne-Mance Cormier, quelques notions du « mythe acadien » m’ont particulièrement frappée. Chaque artiste invité avait sa propre démarche face à l’artefact, mais quelque chose venait lier le tout : cette initiative fut, en quelque sorte, une permission de réinventer l’histoire, et ainsi d’actualiser certaines réalités identitaires, pas encore inscrites dans notre symbolique collective, quoique bel et bien présentes dans notre diaspora. La culture de l’imaginaire basée sur le concret c’est magique! (suite)

photo de Rémi Belliveau

Art et capitalisme : est-ce que l’art est coupable de notre passivité?

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Billet rédigé par Maryse Arsenault

Crédit photo : Rémi Belliveau

Depuis quelques semaines, une tristesse de fin de semestre s’installe, un vide, un temps mort, reprendre mon souffle avant d’entamer d’autres projets importants qui s’en viennent. Je bascule entre le sentiment d’avoir accompli énormément, et la crainte d’être à peine au début de mon pèlerinage. Je me sens confuse plus que jamais quant à pourquoi j’ai décidé d’entreprendre ce diplôme, puisque j’ai toujours eu tellement de misère à suivre le régime académique. Le temps abstrait, j’ai toujours eu de la difficulté à m’y adapter! Le temps horloge, est un produit inventé, issu d’une réalité industrielle, d’une économie capitaliste, et ne correspond pas au temps concret, soit le temps réel que suit le courant de la vie. Tout au long de mon high school et ensuite au bac, j’ai fait la pendule entre l’élève studieuse et l’étudiante révoltée. Et encore maintenant avec ma pratique artistique un peu marginale et mon sujet de thèse qui me stare dans la face, je ne suis pas convaincue. Je ne suis pas convaincue parce que je n’y crois pas à l’académie, tant qu’elle sera aux emprises du capitalisme. Même si faire partie du système nous permet de le contrer, je n’ai jamais voulu prendre part dans la rat race. À devenir artiste, je ne m’en échappe pas pour autant.

(suite)

Evangéline_Ostie

« J’vis pas dans l’désert mais j’me sens toute seule en calvaire »

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Billet rédigé par Maryse Arsenault

crédit photo : titre de l’oeuvre : Évangeline ostie, 2014 d’alisa Arsenault, http://alisa-marie-melodie.tumblr.com 

C’est un peu cliché de lancer une quote de Lisa LeBlanc dans un billet au sujet de mon exode Moncton-Montréal, mais ces paroles me reviennent souvent en tête, et c’est probablement ma line préférée de notre amie rosairevilloise. Ce que je partage avec elle c’est ce vertige de faire face au vide, même si j’ai attendu plus longtemps qu’elle pour sauter bras nus dans la métropole. Un tout autre vide que celui qu’on vit au bord de la mer ou sur une falaise à Dalhousie Mountain. Bras nus, parce qu’on ne peut jamais être assez bien équipés pour se retrouver solo, quand toute notre vie on a été choyés car entourés par un harem : idoles, amies, matantes, confrères. À Moncton, ils sont tous à portée de la main, prêts à jaser de tout et de rien ou à m’apprendre à changer mes cordes de guitare. Ici, je croise les corps, mais pas les regards, des Bar Brothers, des Soeurs Boulay, des artistes de scène et de galeries qui, à Moncton, seraient dans mon cercle d’amis. L’Acadie, c’est un amour quasi-inconditionnel, un peu suffoquant, qui empêche probablement de s’envoler réellement. Montréal, c’est l’étrange feeling d’avoir à toujours faire ses preuves, de grandir à vue d’œil, mais sous l’admiration de personne. Et souvent, ceux qui partagent pourtant mes intérêts n’ont pas l’intérêt de me découvrir plus qu’en surface, puisqu’il y a déjà des centaines d’artistes comme moi à Montréal et ça, même si je suis unique! On est des milliers de gens uniques, donc on finit par tous se ressembler.  (suite)